Documentation > Conflits et crises > Actualité au Maghreb et au Machrek: Manifestations en Algérie et l'après-Moubarak en Egypte (14 février)
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Publié le 15-02-2011. Auteur : Alexandre Merheb, auteur de cette revue de presse.

Algérie: quotidien El Watan du 14 février:

 

L'article Mourad Medelci: "Des mouvements minoritaires" réclament le changement du système !, écrit par Abderrahmane Semmar, relate l'intervention du ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, sur la radio française Europe 1 où il a soutenu que les mouvements protestataires dans son pays n'avaient rien de comparables à ceux ayant eu lieu en Egypte et en Tunisie qui ont mené à la chute de ces régimes. Selon lui, ces mouvements sont "minoritaires". La population algérienne ne demanderait donc pas de changement de régime. Il a aussi tenu à rappeler que le président algérien Bouteflika s'était engagé à lever l'état d'urgence en vigueur depuis 1992. Ainsi, la liberté d'expression sera "totale" mais toujours en "référence à la loi". De nouvelles lois seront promulguées pour permettre une lutte efficace contre le terrorisme pour remédier ainsi, au vide juridique laissé par la levée de l'état d'urgence.

Le journaliste Mohamed Naili décrit dans son article Les raté des politiques publiques, la situation qui pousse les manifestants algériens à la confrontation avec le pouvoir. Selon lui, bien que le pays bénéficie de 60 à 80 milliards de dollars de recettes par an par l'exportation d'hydrocarbures, l'Algérie ne parvient pas à se développer et à profiter d'une croissance économique permettant la création d'emplois. L'économiste algérien Omar Bessouad précise que les couches sociales défavorisées de ce pays n'ont jamais eu de sentiment de révolte auparavant mais ce sont les échecs des politiques successives de développement (plan de soutien à la relance économique, programme complémentaire, programme d'un million de logements et de trois millions de postes d'emplois et plan quinquennal de 286 milliars de dollars entre 2010 et 2014) dans l'ensemble des secteurs d'activité qui suscitent désormais leur colère. Pour éviter la contestation, le pouvoir a toujours engagé de nouvelles dépenses budgétaires dans le seul but d'acheter la paix sociale et gagner du temps. Ainsi, l'auteur regrette une politique fondée sur le court terme malgré les capacités financières de l'Algérie avec des réserves de change dépassant les 150 milliards de dollars. Les politiques engagées manquent cruellement de rationalité. Malgré 200 milliards de dollars consacrées à la modernisation des infrastructures de base, aucun résultat satisfaisant n'a été atteint et ces projets souffrent de retards et de surcoûts (métro d'Alger, autoroute Est-Ouest, tramway d'Alger, chemins de fer). Le problème est avant tout un problème d'efficacité bureaucratique et de gestion. En outre, ces projets ne sont pas de nature à favoriser le développement puisque le gouvernement tend à négliger ces secteurs. Par exemple, aucun projet de soutien des PME n'est présent. Ses secteurs les plus prometteurs comme le tourisme ou l'agriculture sont aussi mis de côté. Ces dépenses publiques massives irrationnelles ont favorisé le gaspillage des deniers publics ainsi que la corruption. Par ailleurs, les inégalités sociales se sont creusées. L'agriculture a été délaissée au profit d'une stratégie tournée vers l'exportation. Le pouvoir a été donné aux grands propriétaires au détriment des petits paysans qui se sont retranchés dans les villes où la flambée des cours mondiaux des matières premières agricoles et la crise financière ont amputé le pouvoir d'achat des habitants.

Dans son article Annaba: Plusieurs blessés entre policiers et manifestants, Mohamed Fawzi Gaïdi relate des émeutes ayant eu lieu à Annaba où plusieurs milliers de chômeurs se sont attaqués au siège de la wilaya. Le wali de Annaba avait en effet, annoncé la création de 7000 postes d'emplois. Auparavant, les protestataires avaient pris part à une réunion avec les autorités locales pour discuter de la situation de l'emploi. Cependant, les jeunes chômeurs ont quitté prématurément la réunion et se sont retrouvés sur le cours de la Révolution, en dénonçant les promesses non tenues quant à leur insertion professionnelle. Après que les manifestants se soient dirigés vers le siège de la wilaya, la tension a monté d'un cran et les jeunes chômeurs ont affronté un cordon sécuritaire en jetant des pierres sur les policiers et en blessant plusieurs d'entre eux. La police a ensuite répliqué. Plusieurs véhicules dans la ville ont aussi été attaqués à coup de pierres.

Le journaliste Haidar Bendrihem, a écrit l'article Qui sauvera le soldat Bouteflika ? où il critique la politique du chef de l'Etat algérien. Ce dernier a d'abord répondu avec force aux manifestants avant de chercher à remodeler le système pour essayer de le sauver. L'auteur de l'article critique aussi l'ensemble des dirigeants arabes qui se sont réunis au sommet de Charm El Cheikh pour discuter d'un plan d'aide à la création d'entreprises de jeunes dotés d'un budget de 2 milliards d'euros alors même que les derniers présidents tunisiens et égyptiens bénéfiçiaient d'une fortune beaucoup plus importante. Le président égyptien s'obstinerait à rester au pouvoir en remaniant le gouvernement pour tenter d'acheter la paix sociale bien qu'il soit à la base d'un système de corruption généralisée et que le gouvernement ne fasse qu'appliquer sa politique. Il a par ailleurs, interdit les débats à la télévision sous prétexte qu'il serait injuste que l'argent du contribuable finance la communication de l'opposition. Par ailleurs, bien qu'il ait réussi ses objectifs sur le plan sécuritaire, il aurait fortement compromis la démocratie dans son pays. Il a aussi lancé des politiques très couteuses mais dénuées de tout résultat satisfaisant. L'auteur déplore aussi l'absence de stratégie de développement en Algérie. Il aurait aussi humilié le peuple en se rendant au sommet africain sur le sida alors même que 125 manifestants étaient tués en Algérie ce jour-là.

Le journaliste Amnay Idir dans son article L'armée dissout le Parlement et suspend la Constitution, nous informe que le Conseil suprême des forces armées en Egypte prévoit de dissoudre le Parlement. En outre, ce conseil a décidé de suspendre la Constitution et de créer une commission qui l'amendera et proposera le nouveau texte au peuple par référendum. Le Conseil suprême prendra aussi la direction des affaires pour une période de six mois jusqu'aux élections législative et présidentielle et publiera pendant celle-ci, des décrets à valeur de loi. L'état d'urgence sera aussi levé lorsque la situation sera jugée normale par l'armée. Le ministre de la Défense israélien Ehud Barak, a fait part de l'absence d'inquiétude d'Israël face à cette transition en Egypte.

 

Liban: quotidien L'Orient-Le Jour du 14 février:

 

Le journaliste Nagib Aoun a écrit son article Entre jasmin et papyrus, un cèdre embastillé... où il critique l'inertie de la situation politique libanaise alors que le monde arabe est en ébullition. Selon lui, la "révolution du moi de Mars" serait un échec à cause des égoïsmes communautaires de ses organisateurs, de leur obsession du maintien de leurs privilèges. Il met en évidence le paradoxe de dictatures arabes qui tombent face à la contestation populaire alors que la seule démocratie de la région serait entre les mains d'une "théocratie milicienne, en confrontation avec la légalité internationale". L'auteur tient néanmoins à rappeler que la révolte du 14 mars a eu lieu bien avant les manifestations en Egypte et en Tunisie.

Dans l'article Après Ben Ali et Moubarak, d'autres dirigeants arabes sont menacés, il est fait mention de la capacité des peuples arabes à faire tomber les gouvernements. Les experts s'accordent à dire qu'en l'absence de réformes, les dirigeants de cette région seront renversés. Pour calmer la colère de l'opinion publique, ceux-ci ont promis diverses réformes. Ces soulèvements selon l'ancien ministre jordanien, Saleh al-Quallab, auront des conséquences sur la région et les Etats-Unis devraient pousser au changement dans les autres pays arabes. Les pays du Golfe ne devraient pas être concernés car les Etats-Unis veulent assurer l'approvisionnement en pétrole de l'économie mondiale mais ils devraient encourager les réformes dans ces pays. En outre, selon Paul Salem, directeur du Centre Canergie pour le Moyen-Orient, l'utilisation de l'activisme islamique comme épouvantail pour éviter les velléités de changement a montré ses limites. Par ailleurs, la chute d'Hosni Moubarak va renforcer l'Iran dans la région. Paul Salem pense aussi que l'alliance des pays arabes avec les Etats-Unis devraient faiblir, ces premiers devenant plus autonomes mais ils devraient néanmoins rester dans le "giron américain".

L'article L'opposition algérienne portée par un contexte régional de soif démocratique nous révèle que la manifestation de samedi a été bloquée par les forces de sécurité mais qu'une autre sera prévue le 19 février. Samedi, des centaines de manifestants ont été bloqués par 30 000 policiers. Alors que les journalistes estimaient le nombre de protestataires à 2 000, la police n'en dénombrait que 250 et la CNCD, 5 000 . Les lycéens reprochent un calendrier scolaire trop chargé, les universitaires le décalage entre l'enseignement apporté et les évolutions technologiques. Des milliers de familles protestent par ailleurs, contre leurs difficultés de logement alors que les jeunes se plaignent du manque d'emplois dans un pays où 20% des jeunes diplômés sont chômeurs. En outre, la population doit faire face à une flambée des prix. Dans ce contexte, les contestataires ne demandent pas seulement le départ de leur président mais un réel changement de régimes. Le département d'Etat américain a appelé l'armée algérienne à la retenue face aux manifestants et ont réaffirmé leur soutien aux droits universels.

 

Revue de presse réalisée par Alexandre Merheb, étudiant en Master 2 de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence (IEP), stagiaire à la Fondation Méditerranéenne d'Etudes Stratégiques.

 

 

 

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