Publié le 15-02-2011.
Auteur : Article original écrit par Alexandre Merheb pour la FMES.
A la lumière des manifestations ayant lieu dans le monde arabe et plus particulièrement en Egypte, il est important de se poser la question des raisons de la fragilité égyptienne par rapport aux autres pays de la région, hormis la Tunisie. En effet, force est de constater que là où le pouvoir faiblit en Egypte, il demeure fort en Syrie. En réalité, les deux pays arabes se distinguent par une différence patente dans leur stratégie politique. Là où l'Egypte tente de jouer la carte de l'islamisme pour assurer son pouvoir et favoriser une alliance avec les Occidentaux et en tête les Etats-Unis, la Syrie préfère écraser l'intégrisme religieux et jouer la carte de l'indépendance par rapport à l'Occident.
Ainsi, l'Egypte a tour à tour interdit la confrérie des Frères Musulmans en décembre 1948, après le refus exprimé par cette dernière de participer au gouvernement et l'a ensuite tolérée en 1970 avec l'arrivée au pouvoir de Sadate. L'Egypte s'est lancée dans un jeu dangereux d'instrumentalisation de l'islamisme. En effet, Sadate n'avait d'autre but que de contrer le communisme dans son pays, utilisant ainsi, la même stratégie que les américains pendant la guerre froide. Bien qu'Hosni Moubarak, lors de sa prise de pouvoir, a cherché à lutter contre les mouvements islamistes et notamment contre les Frères musulmans à partir de 1994, il les a aussi utilisés en réprimant toute forme d'opposition démocratique pour pouvoir justifier aux yeux des Occidentaux, son maintien au pouvoir. Ceci a été d'autant plus visible après les attentats du 11 septembre 2001, l'Egypte paraissant être un bon élève dans la lutte contre le terrorisme. Le maintien au pouvoir d'Hosni Moubarak a semblé d'autant plus important dans ce contexte. En outre, le président égyptien a poursuivi la stratégie engagée par Sadate de maintenir de bonnes relations avec Israël ce qui le rendait doublement précieux aux yeux des Etats-Unis. Bénéficiant de l'absence de concurrence en termes d'opposition au pouvoir en place, la confrérie a pu élargir son influence et représentait la seule alternative solide face au pouvoir autoritaire d'Hosni Moubarak.
La Syrie a opté pour une autre stratégie. Ne cherchant pas à complaire aux Occidentaux, elle a préféré représenter une puissance régionale indépendante. Elle s'est même alliée à l'Iran dont on connaît l'opposition aux Etats-Unis et à l'Europe. La Syrie se situe clairement dans l'opposition aux puissances occidentales, notamment dans le dossier libanais où elle décide de soutenir le Hezbollah. Elle n'a donc pas besoin de brandir la menace de l'islamisme pour justifier son maintien et montre éventuellement des signes d'ouverture lorsqu'elle cherche à se rapprocher des Occidentaux, en feignant de se démocratiser. Le régime syrien a toujours lutté contre l'islamisme et semble même l'avoir annihilé jusqu'à récemment après la répression de la révolte d'Hama qui a fait entre 5000 et 20 000 morts. Malgré un regain de l'islamisme en Syrie ces dernières années, le pouvoir politique syrien n'hésite pas à utiliser la répression pour mater cette opposition. Néanmoins, comme en Egypte, aucune force d'opposition démocratique n'est suffisamment forte pour représenter une alternative viable au pouvoir en place. Dès lors, en cas de chute du gouvernement syrien, les islamistes pourraient prendre le pouvoir. C'est sur ce point que la déclaration d'Hillary Clinton, secrétaire d'Etat américain, semble faire mouche lorsqu'elle déclare à la conférence de Munich sur la sécurité, que la présence d'Etats autoritaires dans le monde arabe, profite et renforce les mouvements islamistes.
Sans avoir de complaisance pour le régime répressif syrien, il faut néanmoins reconnaître qu'il n'a pas joué le jeu dangereux de promouvoir les islamistes pour asseoir son pouvoir ce que l'Egypte de Sadate puis d'Hosni Moubarak a manifestement fait. Le revers de la médaille est qu'aucune démocratisation en Syrie n'est envisageable à court terme, ce qui est possible en Egypte. Cependant, l'avenir de ce dernier pays reste flou, tant l'influence des Frères musulmans est grande et tant le vide laissé par un éventuel départ d'Hosni Moubarak est de nature à créer une anarchie dont les forces les mieux organisées pourraient profiter pour prendre le pouvoir.
Article écrit par Alexandre Merheb, étudiant en Master 2 de l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence (IEP), stagiaire à la Fondation Méditerranéenne d'Etudes Stratégiques.
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