Documentation > Conflits et crises > Actualité au Moyen-Orient le 9 mars: Les commémorations du 14 mars au Liban, absence de révolte en Syrie et renouveau des Frères musulmans en Egypte
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Publié le 16-03-2011. Auteur : Alexandre Merheb et Gautier Farthouat, auteurs de cette revue de presse.

 

Quotidien L'Orient-Le Jour du 9 mars 2011 – Liban

 

Liban :

 

« Les armes plus que jamais au cœur de la polémique ». Plus la manifestation du 14 mars approche, plus la polémique autour des armes du Hezbollah enfle. Alors que Saad Hariri et Samir Geagea, membres de la coalition du 14 mars appellent à une manifestation massive, Michel Aoun et Naïm Kassem, alliés du Hezbollah, ont cherché à défendre la possession des armes par le Hezbollah.

 

« Hariri rend visite à Sfeir: "Il est la conscience du Liban" ». Il est fait mention de la rencontre entre l'ancien Premier ministre libanais, Saad Hariri, et le patriarche maronite Nashrallah Sfeir qui quittera ses fonctions prochainement. Monsieur Hariri a adressé un vibrant hommage à Monseigneur Sfeir en le décrivant comme étant la "conscience du Liban". Il a aussi ajouté qu'il avait toujours défendu l'unité du pays quelques soient les appartenances communautaires et que ses conseils étaient les bons. Il aurait aussi été un élément important qui se battait pour la cohésion entre les chrétiens et les musulmans dans un pays où il y a un certain équilibre entre ces deux religions en termes d'importance. Le patriarche libanais a aussi reçu les visites du directeur général des Forces de sécurité intérieure (FSI) qui sont proches de Saad Hariri et le commandant des forces mobiles qui lui ont aussi rendu hommage. Les FSI ont en retour reçu l'hommage appuyé du patriarche, avant de déclarer espérer que son successeur bénéficiera des mêmes preuves d'amitié et de loyauté.

 

« Aoun: Nous sommes fiers des armes de la résistance qui préservent notre dignité ». Le chef du Bloc du changement et de la réforme, Michel Aoun, allié du Hezbollah, a défendu la possession d'armes par le Hezbollah lors d'un point de presse à Rabieh à l'issue d'une réunion de son bloc parlementaire. Selon lui, les attaques portées à celle-ci porte atteinte à la coexistence et au respect mutuel entre les communautés. Il a aussi critiqué la décision du 5 mai 2008 dans laquelle le gouvernement avait interdit le réseau de communication du Hezbollah. Selon lui, les trois quarts des députés de la coalition du 14 Mars auraient dû démissionner suite aux révélations de Wikileaks selon lesquelles, le ministre de la Défense Elias Murr, appartenant au gouvernement Siniora en 2008, avait donné à l'aviation israélienne des indications sur les cibles du Hezbollah à atteindre en cas de conflit. Il avait demandé en échange d'épargner les zones chrétiennes. Le but de la manœuvre était d'affaiblir suffisament le Hezbollah pour que l'armée prenne le contrôle de l'ensemble du pays. En outre, lors d'une cérémonie à caractère social organisée à Ghobeiry, le secrétaire général adjoint du Hezbollah, cheikh Naïm Kassem s'en est pris, quant à lui, au Tribunal spécial pour le Liban (TSL). Il a notamment déclaré que ce tribunal international était politisé. Il a aussi critiqué le fait que ce tribunal était de création occidentale et qu'il produisait des preuves et indices falsifiés. Ce tribunal lutterait selon lui, contre l'intérêt du Liban en affaiblissant celui-ci dans sa confrontation avec Israël. Le tribunal aurait aussi utilisé des faux témoins et aurait refusé de transmettre cette affaire à la Cour de justice pour éviter d'être incriminé. Le numéro deux du Hezbollah a ensuite déclaré qu'une lutte avait lieu entre deux projets : l'un étant celui de la résistance du Hezbollah menant à la croissance et au développement du pays alors que le second aurait pour but les intérêts d'Israël.

 

« Le 14 Mars mobilise son public tous azimuts ». Le camp du 14 Mars tente de mobiliser l'opinion publique en vue du rassemblement prévu pour célébrer l'anniversaire de la révolution du Cèdre. Les partisans de cette coalition ont par ailleurs critiqué les actions d'intimidation et de dénaturation des faits par le Hezbollah et ses alliés lors des prises de position du TSL. Le député des Forces Libanaises, Antoine Zahra, a reconnu que la tentative de compromis avec le Hezbollah avait été une erreur pour le camp du 14 Mars tout en déclarant que "l'arme populaire est plus solide que les armes matérielles" en faisant une allusion à la possession d'armes par le Hezbollah.

 

Syrie :

 

« Plusieurs mesures adoptées pour désamorcer un éventuel soulèvement ». Le gouvernement syrien a annoncé le lancement officiel d'un projet de transfert des eaux du Tigre vers la région Hassaké pour développer cette région du nord-est de la Syrie touchée par la sécheresse. Le coût de ce projet atteint les 2 milliards de dollars. En effet, quelque 1 250 milliards de m3 d'eau devraient être prélevés pour l'irrigation de 200 000 hectares de terre et pour la fourniture d'eau potable aux habitants. Cela permettrait ainsi d'accroître la production agricole et animale, de créer des emplois et d'améliorer la situation sociale et économique des habitants de cette région. Ce projet se dessine dans un contexte de sécheresse qui a touché 1,3 million de personnes, dont 95% vivent dans le nord-est du pays, dans les provinces d'Hassaké, Raqqa et Deir Ezzor. En outre, le pouvoir a annoncé, il y a quelques semaines, la création d'un "Fonds national pour l'aide sociale" d'un montant de 250 millions de dollars pour venir en aide à 420 000 familles. Il a aussi augmenté de 72% les allocations pour le chauffage pour les employés de la fonction publique et les retraités ce qui concerne environ 2 millions de personnes, ainsi qu'une série de mesures pour faire baisser les prix de produits alimentaires de base. Le but de ces mesures vise très certainement à désamorcer une éventuelle contestation sociale et à ne pas être touché par le vent de révoltes qui touche tout le Moyen-Orient.

 

« Pourquoi la Syrie ne tremble pas? » par Bachir el-Khoury. La Syrie contrôlée par un régime autoritaire en place depuis 1970, semble être le seul pays dans la région à être l'abri d'une révolte de son peuple. Pourtant, elle détient aussi les mêmes facteurs qui ont déclenché des crises dans d'autres pays de la région. En effet, 12% de la population vit sous le seuil de pauvreté (contre 20% en Égypte et 3,6% en Tunisie). En outre, le chômage est élevé chez les jeunes. Ce pays souffre aussi d'une forte corruption et d'une restriction très importante des libertés. Cependant, aucune contestation d'envergure n'a eu lieu. Selon plusieurs analystes, les causes d'un manque de contestation en Syrie sont avant tout sociopolitiques et économiques. En effet, en Syrie comme dans le Mashreq arabe, les divisions verticales sont beaucoup plus marquées que dans le reste du monde arabo-musulman. Alors que les populations du Maghreb sont plus homogènes, les divisions ethniques entre Kurdes et arabes ainsi que communautaires entre alaouites et sunnites, rendent difficile une mobilisation efficace contre le régime. Par ailleurs, alors que l'armée et les manifestants en Égypte étaient sunnites, les officiers syriens sont majoritairement alaouites face à des manifestants sunnites. Ils sont donc plus fidèles au régime alaouite d'Hafez al-Assad puisqu'il en va de la survie politique d'une communauté. En outre, subsiste le souvenir et le traumatisme du massacre opéré par le régime syrien contre des insurgés sunnites en 1982 à Hama. Les Syriens craignent aussi l'instabilité et le chaos potentiels à la suite d'un renversement de régime comme cela a lieu en Égypte et en Tunisie avec des actes de vandalisme et les démissions successives de gouvernements. La Syrie dispose par ailleurs, d'un important secteur public ce qui constitue un rempart contre une révolte populaire. Le pouvoir a aussi opéré une transition et une libéralisation économiques très lentes. Alors que des pays comme la Tunisie et le Maroc ont suivi dans les années 1980 les préconisations des instances internationales ce qui a engendré d'importantes inégalités, la Syrie a cherché à retarder le processus. Le chantier de réformes promis par Hafez al-Assad lors de son arrivée au pouvoir en 2000, n'a débuté qu'en 2005. En outre, la Syrie était moins endetté que les autres pays de la région et n'a donc pas facilement cédé aux conditions des bailleurs de fonds. Ce pays bénéficierait aussi d'une forte croissance économique (5,5% par an de 2011 à 2015 selon le FMI). L’État a aussi fait voter des lois permettant une forte libéralisation de l'économie. Cet État jouit donc d'une croissance des secteurs touristiques, bancaires, des investissements directs à l'étranger. Plusieurs entreprises étrangères s'implantent dans le pays encouragés par une flexibilisation de l'économie, par son fort potentiel de croissance ainsi que par son caractère de tremplin stratégique vers d'autres marchés dans la région. Cependant, l’État syrien présente des faiblesses puisque cette croissance ne profite qu'à certains hommes d'affaires proches du pouvoir. La Syrie souffre toujours de la pauvreté, de la mauvaise gouvernance et des migrations vers certaines villes que provoque l'extrême sécheresse que connaît le pays depuis quatre ans. Ainsi, selon divers analystes, même si le régime actuel ne sera pas renversé, il sera amené à s'adapter aux changements régionaux, en procédant à des réformes de fond autant sur le plan économique que politique.

 

Israël :

 

« L'initiative diplomatique de Netanyahu divise les Israéliens ». Des fuites de son entourage laisse entendre que le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu envisagerait un « accord intérimaire » à long terme avec les Palestiniens. Il présenterait le plan le 22 mai à Washington, invité par le lobby pro-israélien Aipac. L'idée d'un statu quo en Cisjordanie, sans gel de la colonisation, ne semble satisfaire ni les Israéliens, ni les Palestiniens. Pour la paix et pour espérer convaincre Palestiniens et communauté internationale, Israël doit impérativement se retirer de Cisjordanie, stopper la colonisation – sans quoi les Palestiniens refuseront toute négociations – et rectifier les frontières. De plus, un statu quo pérenniserait l'occupation de la Cisjordanie, et ferait d'Israël un État binational, « lui faisant perdre son caractère juif ». Ce plan semble avant tout être une manœuvre politique. Il s'agit de rejeter sur les Palestiniens la responsabilité du blocage, puisque ceux-ci refuseront le dialogue sans gel de la colonisation. Israël souhaite également sortir de l'isolement dont il bénéficie face à des « Palestiniens qui marquent des points sur la scène internationale ».

 

Iran :

 

« Rafsandjani poussé vers la sortie ». L'ancien président iranien Akbar Hachémi Rafsandjani a perdu mardi, la présidence de l'Assemblée des experts qu'il occupait depuis 2007 suite à la candidature de l'ayatollah Mohammad Rez Mahdavi-Kani qui l'a contraint à retirer la sienne. Cette instance est censée nommer et révoquer le guide suprême de la révolution qui est actuellement l'ayatollah Ali Khamenei. Monsieur Rafsandjani continue de diriger le Conseil de discernement, instance d'arbitrage politique et conseiller Khamenei. Suite à la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad lors de l'élection présidentielle de 2009, il avait soutenu les opposants à cette réélection. Il avait aussi perdu contre Monsieur Ahmadinejad lors de l'élection présidentielle de 2005. Mahmoud Ahmadinejad s'en était pris publiquement à certains membres du Conseil de discernement en janvier, qu'il avait accusés de vouloir rogner ses pouvoirs exécutifs. Par ailleurs, l'opposition a lancé des rumeurs selon lesquelles les opposants Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi auraient été envoyés en prison ce qui a été démenti par le site internet de Monsieur Moussavi. Cependant, le site de Monsieur Karoubi affirme n'avoir aucune nouvelle de celui-ci et de sa famille. Mardi, les forces de l'ordre ont envoyé des gaz lacrymogènes sur des opposants qui manifestaient contre le gouvernement de Téhéran et qui appelaient à une manifestation le 8 mars à l'occasion de la Journée internationale de la femme. En outre, les autorités ont interdit aux médias étrangers de couvrir tout rassemblement non autorisé de l'opposition.

 

 

Hebdomadaire Al-Ahram du 9 mars 2011 – Égypte

 

Égypte :

 

« Vers un renouveau », par May Al-Maghrabi. Le 17 mars, les jeunes Frères musulmans descendront dans la rue pour protester contre l'organisation et la politique de la confrérie définie par la vieille garde. Aux tendances réformistes, la nouvelle génération est écartée des instances de décision. Les jeunes du mouvement font partie intégrante de la jeunesse révolutionnaire, et les Frères musulmans n'étant plus dans la clandestinité, il est désormais possible pour eux de revendiquer des changements internes sans mettre en danger la confrérie. La transformation souhaitée n'est pas seulement stratégique, mais aussi idéologique. Les jeunes demandes une séparation du religieux et du politique, avec la création d'un parti politique, la confrérie ne gardant alors plus qu’un rôle de prédication. L'application de la charia n'a plus le même sens, comme l'explique un jeune Frère musulman : « L’État dont les dirigeants puissent être tenus responsables devant la loi, est un État plus conforme à la charia qu'un régime wahhabite ». Si Mohamad Badie, guide suprême de la confrérie, accepte de discuter de changements internes, il refuse de remettre en question les références idéologiques et les principes fondamentaux des Frères musulmans. Les jeunes, qui estiment ne pas être assez pris en compte par leur guide suprême, réclament « une présence féminine au bureau de guidance » – jusqu'ici interdit aux femmes – « une égalité totale avec les citoyens coptes » – considérés comme des protégés par les plus radicaux – et n'ont pas de mal à accepter les accords de paix signés avec Israël en 1979. Hérésie selon les plus vieux de la confrérie. Mais sa jeunesse compte bien rester dans la rue jusqu'à obtenir satisfaction.

 

 

 

 

Article écrit par Alexandre Merheb (Master 2 à l'Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence) et Gautier Farthouat (Institut d’Études Politiques de Lyon), stagiaires à la Fondation Méditerranéenne d'Études Stratégiques.

 

 
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