Documentation > Conflits et crises > Dossier: L'impact de la crise du monde arabe dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe
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Publié le 16-03-2011. Auteur : Marco Pasqualini.

RIYAD – La vague révolutionnaire qui assaillit de nombreux pays du sud de la Méditerranée a réussi à toucher les voisins pays du Conseil de Coopération du Golfe (GCC). L’impact des manifestations en Tunisie, Egypte et Lybie ne se limite pas à l’aspect économique : des manifestations ont eu lieu à Bahreïn, Oman et au Koweït ; d’autres sont prévues dans les jours à venir même en Arabie saoudite.

Les pays du Conseil de Coopération du Golfe ne sont pas économiquement et socialement comparables aux pays de l’Afrique du Nord. Leur statut d’Etats rentiers avait garanti jusqu’à maintenant une stabilité politique, due aux amples ressources que ces pays peuvent utiliser pour satisfaire les besoins de leurs peuples en empêchant des révoltes populaires.

 

Bahreïn est un pays à majorité chiite gouverné par une minorité sunnite. Cela a toujours été une source d’instabilité dans le pays. La mort de deux personnes tuées par la police lors des manifestations de mi-février a allumé encore plus les Bahreinis et alerté les voisins pays du GCC, notamment l’Arabie saoudite, qui craignent que la majorité chiite puisse rapprocher le pays de l’Iran.

Les résultats internes de cette révolte n’ont pas tardé à se faire sentir : à partir du retour de Hassan Mashaima, exposant de l’opposition exilé au Royaume-Uni, ensuite pardonné par le Roi Hamad Bin Eisa Al Khalifa ainsi que la libération de vingt-trois prisonniers politiques du parti d’opposition. Plus tard, le Roi a fait un remaniement de gouvernement en remplaçant les ministres de la santé, du Cabinet et de l’eau et électricité. Récemment, il a ordonné la création de nouveaux postes de travail, dont 20 000 dans le Ministère de l’Intérieur, outre le lancement d’un plan d’investissement de 2,5 milliards de Dinars bahreinis (5 milliards d’euros environ) pour bâtir, en trois ans, des maisons pour accueillir 45 000 Bahreinis en attente de logement.

 

Un cas encore différent est celui du Sultanat d’Oman, un pays très pacifique et assez différent de ses voisins.

Des manifestations pacifiques ont eu lieu à la fin du mois de février dans la capitale, Mascate, où les manifestants demandaient la fin de la corruption dans le gouvernement, la création de postes de travail, l’augmentation des pensions pour les personnes en situation de faiblesse et la baisse des prix. Plus violentes les manifestations à Sohar, pas loin de la capitale, où il y a eu des blessés et des morts à cause des balles en caoutchouc tirées par la police pour disperser la foule. Les manifestants omanais ont quand-même toujours confirmé leur fidélité et leur amour pour le Sultan Qaboos, qui règne en Oman depuis 1970.

Ces manifestations ont mené à un remaniement de gouvernement qui a comporté le remplacement de douze ministres. Sur le plan social, le Sultan a ordonné une allocation de 150 riyals omanais (300 euros environ) aux chômeurs enregistrés auprès du Ministère du Travail ainsi que la création de 50 000 nouveaux postes de travail réservés aux Omanais.

 

Des manifestations viennent tout juste de commencer aussi au Koweït, où le 8 mars un millier de jeunes se sont rassemblés dans une place à côté des Palais du gouvernement pour demander la démission du Premier Ministre Sheikh Nasser Mohammad al-Ahmad al-Sabah, qui est au pouvoir depuis 2006.

 

Inquiétés par les événements de Bahreïn et Oman, les autres Etats membres du Conseil de Coopération du Golfe se sont réunis et ont trouvé un accord pour lancer ce qui a été défini comme une sorte de « Plan Marshall » du Golfe pour aider les deux Etats. Ce plan aurait comme but d’améliorer les conditions économiques et sociales des pays, notamment à travers l’aide à la création de postes de travail, de logements, etc.

Bien avant la vague de manifestations dans le Golfe, certains pays avaient déjà annoncé des augmentations des salaires pour apaiser toute possibilité de révolte. L'Etat de Koweït a été l'un des premiers à annoncer fin février une augmentation des salaires des employés publics de 120 dinars (320 euros environ) par mois pour les nationaux et de 50 dinars (130 euros environ) pour les étrangers.

 

Quant au Royaume d'Arabie saoudite, le Roi Abdullah – absent depuis trois mois pour des problèmes de santé – est rentré plus tôt que prévu dans le Royaume pou annoncer des réformes et suivre la situation de près.

L'Arabie saoudite est particulièrement préoccupée par la situation au Bahreïn et des répercussions que cela pourrait avoir sur les minorités chiites dans sa région orientale. En effet, des manifestations de la minorité chiite ont eu lieu dans les villes de Qatif et Dammam pour la libération de prisonniers arrêtés car suspectés sans preuves d'avoir été engagés dans l'organisation des actes terroristes des tours de Khobar en 1996. Le gouvernement a envoyé 10 000 policiers dans les régions chiites du nord-est par précaution.

Quelques jours auparavant, une soixantaine de femmes avait manifesté devant le Ministère de l'Intérieur à Riyad et, selon des rumeurs, deux manifestations auraient eu lieu aussi à Riyad, réunissant quelques centaines de personnes.

D'autres manifestations sont prévues pour vendredi 11 mars, le « Jour de la Rage », à la sortie des grandes mosquées, après la prière. Les organisateurs, à travers une page Facebook, demandent, entre autres, l'élection du chef de gouvernement, de plus amples libertés pour les femmes et la libération des prisonniers politiques. Certains sites sont désormais inaccessibles dans le Royaume et le créateur de la page Facebook, un clerc chiite, a été arrêté et ensuite relâché par les autorités.

Samedi 5 février le Ministère de l'Intérieur a rappelé que les lois saoudiennes interdisaient tout type de manifestation ayant pour but de mettre en cause la sécurité et la stabilité du Royaume, ceci étant contraire à la charia et aux traditions et coutumes saoudiennes.

Lundi 7 février, le Conseil de la Choura a rappelé l'importance de la sécurité dans le Royaume et a demandé aux citoyens de ne pas se laisser tromper par des personnes qui agissent contre le pays et la religion.

Cette politique de la menace de sanctions va peut-être pousser une grande partie de contestataires à ne pas manifester. Il faut remarquer aussi que les jeunes saoudiens mènent un style de vie aisé et ne sont pas prêts à risquer de détériorer leur niveau de vie en manifestant.

Le Roi Abdullah, dès son retour, a annoncé une augmentation du salaire des fonctionnaires publics de 15 % et a ordonné l'allocation de 40 milliards de riyals saoudiens pour le Real Estate Development Fund, de 4,5 milliards de riyals pour la sécurité sociale et la famille, de 476 millions de riyals pour les bourses étudiantes, 10 millions de riyals pour tout club littéraire du Royaume etc. Il a en outre demandé la création de programmes de formation professionnelle pour les femmes et la création de 1 200 nouveaux postes de travail et un remaniement de gouvernement, dont le mandat sera bientôt terminé.

 

Ceci dit, sur le plan économique, la crise dans les pays producteurs de pétrole de l'Afrique du Nord a entraîné une augmentation des exportations de pétrole des pays du Golfe qui – avec l'augmentation du prix du baril – ouvre de grandes entrées supplémentaires pour les Etats du GCC. Cela permet donc une hausse « considérable » des investissements et des dépenses publiques qui vont booster l'économie de la région.

 

 

Marco Pasqualini

Riyad, Arabie saoudite

9 mars 2011

 

 
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