Documentation > Conflits et crises > Vers une redéfinition des alliances au Moyen-Orient ?
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Source : Article original écrit par Gautier Farthouat pour la FMES. Publié le 21-06-2011.

 

La carte des alliances au Moyen-Orient s'est largement redessinée après les attentats du 11 septembre 2001. Les affrontements idéologiques capitalisme-communisme de la guerre froide, ou dictature-démocratie de la fin du XXe siècle sont devenus plus flous. Le modèle de l'alliance d'opportunité s'est imposé avec pour objectif commun la guerre contre le terrorisme. Cependant, ce système est fragile et temporaire. Il reflète bien plus la crainte d'être l'ennemi des États-Unis que le désir d'en être un allié. Ainsi, G. W. Bush avait annoncé cette guerre en ces termes : « ce qui ne sont pas avec nous sont contre nous ».

 

Depuis 2001, l'image de l'Occident dans la région, et notamment des États-Unis, s'est considérablement détériorée. Les résultats de cette guerre sans frontière ne sont pas au rendez-vous, en tout cas aux yeux des populations du grand Moyen-Orient. Les interventions militaires en Afghanistan et en Irak sont perçues comme néocolonialistes, et la vision iranienne des États-Unis comme un « Grand Satan » trouve un écho important dans la région. Les politiques pro-israéliennes des Occidentaux n'arrangent en rien son image que « Chirac l'arabe » s'était efforcée d'améliorer. Le changement de discours de Barack Obama ne se fait pas assez ressentir sur place. En bref, ces alliances n'ont plus le soutien qu'elles pouvaient avoir après le choc du 11 septembre.

 

Le « printemps arabe » témoigne de la fin d'une ère : celle de la frustration des Arabes. Les empires colonisateurs, Israël et les États-Unis sont venus mettre fin à un âge d'or, à une Oumma. Les peuples se réveillent et se libèrent seuls – ou presque – des régimes autoritaires. Une nouvelle indépendance en quelque sorte. Et ces « révolutions » emmènent avec elles un désir de se reconstruire sans les puissances occidentales et sans être des vassaux des États-Unis comme pouvaient l'être un Moubarak.

 

Ces bouleversements peuvent laisser penser à des changements d'alliances. L’Égypte notamment, pierre angulaire de la lutte contre le terrorisme dans la région, est instable. Le colonel Kadhafi, bien qu'ennemi des Américains, n'en restait pas moins un acteur de cette lutte contre Al-Qaïda, et ne se privait pas de le rappeler pour éviter toute remise en cause de sa politique intérieure. Le président Saleh brandit également cette menace terroriste au Yémen. Tous ces exemples de pays en guerre civile ou en reconstruction sont autant d’États dont l'avenir même proche est incertain, et par conséquents dont les alliances sont remises en cause. Cependant, il est difficile d'imaginer que l’Égypte fasse abstraction des 2 milliards de dollars d'aide annuelle américaine. Il en est de même pour le Yémen et ses 300 millions d'aide. Quant à la Libye, les pays de l'OTAN – acteur principal de la guerre contre le terrorisme – ne vont vraisemblablement pas repartir sans négocier une alliance.

 

S'il est un peu tôt pour parler d'une redéfinition des alliances au Moyen-Orient, les influences dans la région n'en sont pas moins bouleversées. Il est possible que l’Égypte retrouve sa place de leadership du monde arabe à l'issu de sa reconstruction. L'Arabie Saoudite pourrait quant à elle être poussé à se réformer et à s'ouvrir pour ne pas perdre la place confiée par les États-Unis dès 2001. Les changements géostratégiques dans la région vont au-delà du monde arabe.

 

Actuellement, la République turque bénéficie d'une aura considérable au Moyen-Orient. Alors que l'Europe lui tourne le dos, Istanbul se tourne vers l'Asie centrale et le Proche-Orient. Avec l'Islam comme élément principal de l'identité dans la région, l'AKP apparaît comme un modèle à suivre, une alternative à l'islamisme radical et au libéralisme séculier. Pour résumer, la Turquie actuelle serait un État islamiste, mais modéré, sans l’extrémisme de la théocratie iranienne. Le modèle turc apparaît alors comme un but à atteindre pour les pays en reconstruction comme la Tunisie et l’Égypte, et pour les peuples en révolte voulant mettre fin à l'autoritarisme, prônant un certain libéralisme sans pour autant renier l'Islam.

 

Le changement essentiel est peut-être la place et l'image d'Israël. Elle apparaît comme la démocratie au milieu des autoritarismes arabes, l'espace de liberté à sauvegarder. Cependant, Tel Aviv commence à perdre sa bataille médiatique face à une opposition qui s'organise, qui communique mieux. Ainsi l'opération ''Plomb Durci'' en décembre 2008 et les campagnes de communication des frégates humanitaires plus récemment ont porté un coup à l'image d'Israël dans le monde. Avec ces mouvements de contestation, Israël va-t-il rester longtemps la seule « démocratie » libérale dans la région ? Comment ses alliés vont-ils se repositionner ? Les débats actuels sur la possibilité d'une reconnaissance par l'ONU d'un État palestinien montrent ce changement des diplomaties étrangères que la réconciliation Hamas-Fatah vient renforcer. En ce sens, le « printemps arabe » met également en avant un fait essentiel pour les relations internationales : désormais, les gouvernants dans la région devront prendre en compte bien plus qu’auparavant les opinions publiques. Or, les peuples voisins d'Israël sont sans aucun doute pro-palestiniens. Quand la contestation prendra fin, les yeux seront vraisemblablement tournés vers Israël.

 

 

Gautier Farthouat, étudiant à Sciences Po Lyon

 

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