Liban - Syrie
Quelles vont être les répercussions de la crise syrienne au Liban ? Après 120 jours passés sans gouvernement, le Premier ministre Nagib Mikati a finalement pu former un gouvernement le 13 juin 2011. Cependant l’instabilité politique demeure, ce nouveau gouvernement fait face aux attaques de l’ancienne alliance au pouvoir dite du « 14 mars ». La tension s’exprime dans la rue et plus particulièrement à Tripoli, dans le quartier de Bab Tebbaneh et Jabal Mohsen le vendredi 17 et le samedi 18 juin. Ces quartiers étaient déjà désignés dans le rapport de l’International Crisis Group du 14 octobre 2010 comme étant des zones archétypiques des tensions qui touchent le Liban. Cette zone « offre justement à voir de façon particulièrement lisible l’interaction des échelons local, national et international, une articulation indispensable au déchiffrage d’une crise libanaise à répétition ». Cette alerte lancée il y a 8 mois trouve ici un écho reflétant la gravité de la situation. La chaîne d’information Al-Manar (pro-Hezbollah) voit en cet événement un message sécuritaire adressé au Premier ministre dans le but de placer l’alliance nouvellement élue dans une position de force pour les prochaines nominations dans les domaines de la Défense et de l’Intérieur. A l’inverse le député sunnite Mohammad Kabbara (14 mars) percevait dans ces événements « le complot vicieux ourdi par le régime syrien de Bachar Al-Assad pour ébranler les fondations de la stabilité du Liban ». Pour l’alliance du 14 mars ce nouveau gouvernement serait un avatar du régime syrien et place la paix civile comme étant une « ligne rouge » à ne pas franchir.
Plus de 5000 personnes ont ainsi fuit en direction du Liban, interrogeant par la même les relations entre les deux pays. Dans son discours du 21 juin 2011, Bachar al Assad a promis des réformes allant dans le sens d’un pluralisme politique. Cette promesse fait écho aux précédentes alors que sur place c’est « l’attentisme » qui prédomine (Cf. interview de Hilal Kashan iloubnan du 21 juin). Les violences continuent alors que les discussions entre la Russie et les États-Unis en faveur d’une résolution du Conseil de sécurité concernant la Syrie se poursuivent.
Égypte
Quand une dictature tombe et que la liberté s'installe, on assiste généralement à la création d'une pléthore de nouveaux partis politiques. Le Conseil suprême des Forces Armées en a décidé autrement, et a institué une condition limitant la fragmentation de la vie politique : chaque nouveau parti doit obtenir la signature de 5000 citoyens – devant payer 30 livres égyptiennes pour leur adhésion – répartis dans 10 gouvernorats. Résultat, 5 nouveaux partis seulement ont été créés alors que la Tunisie en compte 90 de plus depuis la chute de Ben Ali. On y trouve entre autres deux partis islamistes – Justice et Liberté, issu de la confrérie des Frères musulmans, et Lumière, parti salafiste – et le parti Égyptien socio-démocrate considéré comme libéral. Depuis la révolution, l'activisme politique est croissant en Égypte, notamment chez les jeunes, mais reste essentiellement le fait de groupes de réflexion et de pression, laissant hors-jeu des partis politiques considérés comme bureaucratique et gérontocratique. L'absence d'une société civile organisée est un obstacle supplémentaire, notamment pour les sociaux-démocrates. Le temps également ne joue pas en la faveur des partis non-islamistes encore peu organisés et qui seraient victimes du discours anti-laïque des Frères musulmans depuis des années, la laïcité étant vue par les islamistes comme anti-religieuse. Ce scénario serait favorable aux islamistes et aux anciennes forces locales et nationales pour les prochaines élections. Selon Samer Soliman, journaliste à Al-Ahram hebdo, « la révolution ne portera pas ses fruits demain ».
Libye
Fait majeur des derniers jours, l'OTAN a admis le 20 juin avoir tué 15 civils suite à deux bombardements. C'est la première fois depuis le début de l'opération que l'Alliance reconnaît avoir causé des pertes civiles. Cet incident vient une nouvelle fois remettre en cause l'intervention militaire engagée depuis le 19 mars, alors que celle-ci stagne sur le terrain. Amr Moussa, président de la Ligue Arabe, a évoqué un cessez-le-feu et la mise en place d'une période de transition avant le départ de Kadhafi. Selon des officiels de l'UE, l'OTAN est en train de perdre le soutien des opinions publiques arabes. De son côté, la France a tout de suite rejeté l'idée d'un arrêt des opérations en Libye répondant ainsi à la Ligue Arabe et au Ministre des Affaires étrangères italien. Ce dernier réclamait « une suspension immédiate des hostilités » pour mettre en place un couloir humanitaire.
Sir Simon Bryant, numéro deux de la Royal Air Force a tenté d'alarmer les parlementaires sur les limites de l'opération, ceci faisant écho aux déclarations de l'Amiral Stanhope sur les capacités de la Royal Navy a tenir des opérations qui se prolongeraient. Suite aux déclarations de Sir Simon Bryant, David Cameron a jugé que la Grande-Bretagne pouvait « maintenir la mission aussi longtemps que cela sera nécessaire ». Globalement les tensions sont croissantes entre les états-majors et les gouvernements sur la stratégie à adopter en Libye.
Du côté étasunien, le Congrès compte voter une résolution qui limiterait les opérations en Libye. Les Républicains et une partie des Démocrates arguent que cette opération viole la loi de 1973 qui stipule que des opérations militaires de plus de 60 jours ne peuvent être menées sans un accord parlementaire. Cette loi prévoit, en outre, une période de trente jours supplémentaires pour un retrait des troupes. Dans les faits cela ne devrait pas avoir beaucoup d'influence sur le déroulement des opérations. Les États-Unis avaient déjà choisi de rester en retrait et d'apporter un soutien logistique et de renseignement.
Le CNT poursuit son activité diplomatique avec une visite à Pékin qui s'était abstenu sur l'intervention en Libye mais qui reste très critique sur lé déroulement de l'intervention. Les Chinois ont aussi reçu des représentants de Tripoli. Pour Pékin a limitation de l'influence occidentale est un leitmotiv depuis le début du conflit.
Maroc
Dans une résolution adoptée le 21 juin 2011, l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a accordé le statut de « Partenaire pour la Démocratie » au Parlement du Maroc, premier Parlement à bénéficier de ce statut. Le statut de « Partenaire pour la Démocratie » a été mis en place en 2010 afin de renforcer la coopération avec des Etats tiers prenant part au débat politique sur les défis communs qui transcendent les frontières européennes.
Selon Luca Volente, député centriste italien, l’APCE prend « acte des progrès qui ont été réalisés au Maroc ». En effet, l’acquisition du statut de « Partenaire pour la Démocratie » conforte le Maroc dans ses choix stratégiques. Le 1er juillet 2011, des amendements constitutionnels seront soumis à référendum. Ces derniers ménagent de nouveaux pouvoirs au Premier ministre qui sera désigné au sein du parti arrivé en tête aux élections législatives, Premier ministre qui pourra désormais dissoudre le Parlement. De plus, la politique générale sera débattue par le conseil du gouvernement. « Nous voulons une vraie démocratie ». Alors que l’APCE salue l’avancée du Maroc vers la démocratie constitutionnelle, plusieurs milliers de manifestants ont défilé le 19 juin pour dénoncer le projet de réformes, proposé par le roi Mohammed VI, le jugeant insuffisant.
Quelles sont les implications du partenariat ? Le Maroc s’engage à apporter des améliorations concernant la question du respect des droits de l’Homme, à veiller à un rééquilibrage entre hommes et femmes dans la vie publique et politique, à renforcer la liberté religieuse et consolider la démocratie locale et régionale. De son côté, l’ACPE s’engage à participer à l’organisation des élections du 1er juillet et à envoyer des observateurs. Enfin, le partenariat prévoit que les élus des deux chambres marocaines participent à tous les travaux de l’ACPE et prennent la parole lors des sessions plénières. Cependant, ils ne pourront pas prendre part au vote des résolutions, le Maroc n’étant pas membre du Conseil de l’Europe. En accordant, le statut de « Partenaire pour la Démocratie » au Maroc, l’APCE entend que l’exemple marocain attire d’autres pays de la région : la Tunisie, et l’Egypte à court terme, la Libye et la Syrie à plus long terme.
Bastien Belleil, étudiant à Sciences Po Rennes, et Gautier Farthouat, Carole Kerduel et Thibault Laurin, étudiants à Sciences Po Lyon
