Documentation > Politique et diplomatie > Les porte-hélicoptères Mistral et les besoins tactiques de l'armée russe
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Publié le 13-07-2011. Auteur : Gabriel Grosu.
 

 

Ces dernières années, le gouvernement russe a commencé un processus sans précédent pour moderniser et mieux développer ses forces armées. L'idée originale est d'introduire de nouvelles technologies dans les forces armées terrestres, aériennes, navales et les forces de l'espace pour être sur un pied d’égalité avec les forces armées des États-Unis et de l'Alliance de l'Atlantique Nord (OTAN). Les entreprises russes du secteur militaro-industriel ont une tradition de construire tous les types d'armes en conservant un marché relativement stable alors que le développement  des nouvelles technologies  et des nanotechnologies piétine, dans certains types d'équipements, en particulier dans les équipements tactiques.

     

La stratégie militaire russe nécessite une modernisation totale. Des changements sont nécessaires, comme l’a démontré l’intervention russe en Tchétchénie.  En effet, depuis la chute de l'Union soviétique, l'armée russe  n'a pas connu de réformes majeures.

Pendant la guerre froide, l’armée soviétique a établi ses stratégies en terme d'un conflit avec les Etats-Unis et leurs alliés.

 

Un conflit en Europe a été, jusque dans les années en 1980-85, basé sur un nombre excessif de blindés-essentiellement des chars- et sur un potentiel humain illimité. Le gros des blindés de l´OTAN a été disloqué près de Fulda, sur la frontière néerlando-allemande. Pour un conflit mondial cette stratégie nécessite cependant une approche globale avec un effet destructeur immédiat. L’URSS, et plus tard la Russie, a continué de développer et  de produire des missiles balistiques intercontinentaux, sous-marins et bombardiers stratégiques. En termes de tactiques  militaires, des innovations ont été mises en œuvre avec des missiles balistiques tactiques et des anciens modèles d'avions de combat.

L’échec de la guerre en Tchétchénie peut être en partie attribué à la situation dramatique de l'économie russe. Cependant, le conflit avec la Géorgie pendant l’été 2008 a infirmé l'hypothèse économique. Alors que, le gouvernement du président Vladimir Poutine a promu un certain développement social et économique, l´armée russe a déçu, notamment dans sa capacité de réaction et d’implication efficace dans un conflit local. La Russie a réussi à vaincre l'armée géorgienne et à détruire une bonne partie de l'infrastructure militaire, mais au prix de pertes inouïes. Les forces aériennes russes ont pris part au conflit avec des avions à réaction SU- 24, SU-25, SU-27 et des bombardiers TU-22M. Les forces aériennes ont d’avantage été exploitées dans la journée dans la mesure où les technologies des vieux avions ne permettaient pas de les utiliser la nuit, alors que les forces aériennes géorgiennes opéraient tant de jour que de nuit . Les forces aériennes russes n'ont pas été en mesure de soutenir les troupes au sol et n’ont pas pu atteindre une supériorité aérienne. Dans ces conditions, pour arrêter l’offensive géorgienne d'Tshinval, le quartier général russe a été obligé de faire intervenir des troupes motorisées traditionnelles et des missiles balistiques de courte portée SS-21. Les forces aériennes ont perdu trois avions SU-25 et un bombardier TU-22M.

     

Les événements décrits ci-dessus ne sont que quatre exemples qui dévoilent la nécessité de moderniser les capacités tactiques de l'armée russe. Pour pouvoir rivaliser avec les armées de l'OTAN, la Russie a lancé un programme sans précédent consistant à acheter des équipements militaires au cœur de l´alliance même. La  Russie a pris le chemin de la Chine,  qui à la fin du 20ème siècle, se retrouva dans la même impasse. La Chine a commencé à moderniser et développer ses technologies. La Russie a ainsi l'intention d'acheter en Italie un nouveau modèle de transport blindé „Iveco LMV Lynx“, des drones en Israël et l'équipement que l'on appelle  "soldat du futur", c´est-à-dire les études et le commandement de la classe Mistral (BPC210) en France. Jusqu'à présent, seule l’acquisition du „Mistral,» acheté à la société française DCNS s´est matérialisée. Ce navire est en service dans la Marine française depuis 2005. L'idée de sa construction est née en 1997 lorsque la société mentionnée a proposé la construction d´un soi-disant “bâtiment d’intervention polyvalent” ou BIP. Ce navire a été conçu pour augmenter la capacité et le potentiel des opérations de type amphibies de la marine française selon la stratégie CNOA (Concept national des opérations amphibies). Le CNOA a voulu confirmer la capacité de la Marine française à mener des assauts amphibies, des raids et des retraits. Ce qui a permis à la Marine française d’intégrer la doctrine de l'OTAN  – “Allied Tactical Publication n° 8B (ATP8)” et plus tard dans la stratégie européenne “European Amphibious Initiative”. Le CNOA a contribué essentiellement à la supériorité aérienne, et a également recommandé une augmentation du nombre de véhicules et du personnel qui pourrait être transporté et déployé. Le CNOA a fixé l'objectif de préparer une force de frappe composée de quatre compagnies de lutte (1400 soldats, 280 véhicules et 30 hélicoptères). Ces derniers doivent être déployés en dix jours dans une profondeur de 100 km et dans une zone éloignée jusqu´a 5.000 km de la métropole française ou de soutenir les territoires d'Outre-Mer. En outre, ce type de navire est conçu pour aider les alliés et pour participer à des opérations conjointes avec les forces de l'OTAN et avec d'autres pays de l'UE. Tout navire doit être en mesure de participer aux opérations des troupes navales et des brigades spéciales de l'armée française.

    

Le navire de type Mistral de déplacement de 21.000 tonnes et d’une longueur de 210 mètres, est capable d´atteindre une vitesse de plus de 18 nœuds. Il a une autonomie de 20.000 lieues maritimes. Il peut accueillir un équipage de 160 personnes. De plus, le navire est capable d'accueillir 450 personnes supplémentaires, 13 chars ou 70 voitures. Il peut porter 16 hélicoptères, dont six peuvent simultanément se trouver sur le pont d'envol du navire. Aujourd'hui la marine française dispose de deux porte-hélicoptères Mistral alors qu’un troisième est en construction.

      Après le conflit en Géorgie, le représentant  de la Marine russe a déclaré que si la marine avait possédé un tel bateau, les forces spéciales russes auraient été déployées en 40 minutes et non en trois heures par voie terrestre.

     Ainsi vers la fin 2009, le gouvernement russe a commencé à considérer l'acquisition de navires de ce type. Les liens entre les présidents russe et français étant plus que cordiaux -on peut ainsi rappeler que Moscou avait accepté la médiation de la France lors du conflit de 2008-le Gouvernement russe a sérieusement considéré l'acquisition de « Mistral. » Après environ deux ans de négociations, le contrat d´achat a été signé en juin 2011. Les négociations ont été bloquées en raison des  prix et des équipements technologiques. En effet, les Russes étaient prêts à payer 980 millions d'euros pour les deux premiers navires, en précisant que les quatre autres navires devraient être équipés des mêmes systèmes technologiques, y compris le système  des communications tactique navales SENIT 9 (Système d’Exploitation Navale des Informations Tactiques) et serait sur le point de commander des Sic-21. De son côté, la France a demandé 1,2 milliards d'euros, sans transfert de technologie. La Marine russe va ainsi acheter quatre navires de ce type. Deux navires seront construits à Saint-Nazaire, les autres seront construits sous licence en Russie par une société franco-russe.

        

Bien que le montant final soit confidentiel, les observateurs estiment que le gouvernement russe aurait payé 1,5 milliards d'euros pour les deux premiers navires plus un montant inconnu pour le transfert de technologie. Selon le président de la Société Intègre de la Marine russe, M Roman Trotsenko, sa société participerait avec DCNS à la construction de deux autres navires.

         Cette affaire n'a pas laissé indifférent les voisins de la Russie qui sont en conflit ouvert ou potentiel avec la Russie: la Géorgie, les États baltes, le Japon et les États-Unis. La Géorgie a déclaré que la Russie pourrait effectuer ses invasions plus facilement, alors que les États baltes et le Japon ont protesté devant une telle modification de l'équilibre des forces dans la région. Un groupe de parlementaires américains, dirigé par l'ancien candidat aux présidentielles américaines John McCain, a déposé une note de protestation à l'ambassadeur français à ce sujet. Le Pentagone,  par la voix de l'ancien ministre de la défense Robert Gates,  a souligné son inquiétude à propos de la mise à disposition de la technologie d'un des membres de l'OTAN à la Russie. Le Ministère de la Défense russe a décidé que les deux premiers navires seraient ancrés en permanence sur la base navale de Vladivostok. Cette décision a été motivée par la nécessité de défendre les îles Kouriles, pomme de discorde entre Moscou et Tokyo depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

        Certains analystes et politiciens russes ont été interrogés quant à la nécessité de ces navires alors que la Russie a du mal à financer la construction des nouveaux navires de la garde côtière. Moscou a été profondément indignée par les opérations militaires en Libye, initiées par la France, mais le contrat entre les deux pays n'a pas été annulé. On peut s’interroger sur l’absence de réaction russe au Conseil de Sécurité de l´ONU au sujet de la Libye. En effet, les dirigeants russes ne sont pas indulgents avec leurs partenaires en de pareilles situations. Ils semblent avoir fait une exception. Ceci démontre que la Russie a véritablement besoin de ces navires et que le transfert de technologie est vital. Les opinions sur le contrat entre la France et la Russies sont divisées. En effet, le contrat est confidentiel. De plus, certaines sources mentionnent que les technologies ne seront pas transférables, alors que d’autres contredisent cette affirmation. Il est possible que ces technologies soient transférables, mais en ce qui concerne les navires numéro 3 et 4 qui seront construits en Russie.

       

La technologie avancée de l'équipement militaire manque à l'industrie militaire russe C'est son “talon d'Achille.” Concernant ces navires modernes, les technologies ne seront pas démodées après leur construction en Russie. Pour faire face aux défis régionaux et énergétiques, la Russie a besoin de moderniser sa flotte dans la Mer Noire pour élargir son influence dans la Caspienne. Alors que l’influence iranienne augmente-même si Moscou et Téhéran entretiennent aujourd'hui de bonnes relations, l'instabilité du Caucase est à prévoir. Cette nouvelle technologie permettra aux troupes russes d'effectuer une série d'opérations à proximité et leur donnera un avantage tactique. Les porte-hélicoptères ne changeront pas l'équilibre entre la Russie et ses voisins dans la mesure où la Russie est mieux équipée que ses voisins, à l’exception des Etats-Unis et de la Chine. Cette nouvelle technologie est nécessaire à la Flotte russe car, en cas de conflit local ou régional, elle ne peut utiliser des moyens stratégiques pour des fins tactiques.

     Cependant  ces navires ne résolvent pas le problème de sa flotte. Pendant la Guerre Froide, la flotte soviétique était plus faible que la flotte états-unienne. Outre le fait que ses navires sont dépassés, l'Armée russe ne dispose pas d'un système de communication moderne à tous les niveaux. En utilisant activement les drones  pour la reconnaissance et pour certaines cibles, ces systèmes n´existent pratiquement pas pour les forces terrestres et aériennes sans parler de la flotte. La différence entre l'armée russe et l'OTAN est d'environ 10 ans. Cependant,  les armes stratégiques offensives telles que des missiles balistiques intercontinentaux terrestres ou missiles placés sur les sous-marins atomiques, sont à certains égards supérieures à certains pays de l'OTAN. Il est douteux que la Russie puisse les utiliser un jour.  Aujourd'hui, leur production et leur développement sont menées à créer un équilibre contre le tant discuté système de défense antimissile que les Etats-Unis veulent installer en Europe (Pologne, Bulgarie, Roumanie).

 

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